stress et apnée du sommeil

Apnée du sommeil et stress : l’histoire de l’œuf ou de la poule ?

Apnée du sommeil et stress : l’histoire de l’œuf ou de la poule ?

Vous dormez mal. Le lendemain, vous êtes à cran, irritable, à bout de nerfs. Le raccourci semble évident : c’est la fatigue qui vous stresse.

C’est ce que la médecine a longtemps pensé de l’apnée du sommeil. Les nuits hachées seraient la cause, et le stress la conséquence.

Et si on avait raisonné à l’envers ?

Une étude publiée dans la revue PNAS vient bousculer cette vision. Elle est menée par le professeur Richard Kinkead, de l’Université Laval et du Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Ses conclusions : le stress psychosocial chronique contribuerait à l’apparition de l’apnée du sommeil, plutôt que d’en être simplement une conséquence.

Voyons ce que les chercheurs ont observé, et surtout ce que vous pouvez en faire dès ce soir.

Stress chroniqueApnée du sommeil Ce qu’on pensait Ce que l’étude suggère
Le sens de la flèche change : le stress chronique contribue aussi à l’apparition de l’apnée.

Un trouble très répandu, mais aux origines encore floues

L’apnée du sommeil touche près d’un milliard d’adultes dans le monde. Elle est liée à l’hypertension, aux maladies métaboliques et aux troubles de santé mentale.

Pourtant, ses causes restent mal comprises. Le professeur Kinkead le souligne lui-même : on connaît bien les conséquences de la maladie, mais on sait peu de choses sur ce qui la déclenche.

C’est là que cette étude change la donne.

Ce que la science nous apprend : l’expérience chez le rat

Trois semaines d’isolement

Pour tester leur hypothèse, les chercheurs ont combiné deux approches. La première est une expérience en laboratoire sur des rats.

Pendant trois semaines, les animaux ont été hébergés seuls plutôt qu’en paires. Cet isolement social sert de modèle de stress psychosocial chronique.

Les résultats sont nets. Les rats isolés ont présenté :

  • davantage d’apnées pendant leur sommeil ;
  • une pression artérielle plus élevée ;
  • une accumulation accrue de graisse corporelle.

Ces trois éléments sont aussi ceux que l’on retrouve chez les personnes atteintes d’apnée du sommeil.

Une respiration déréglée pendant la nuit

Les chercheurs ont aussi regardé de près ce qui se passait pendant le sommeil. Selon le professeur Kinkead, l’activité respiratoire des rats stressés était moins stable et plus sujette à des variations anormales. Les voies respiratoires supérieures montraient des obstructions, comme chez l’humain.

Autrement dit, le stress ne se contentait pas de « fatiguer » les animaux. Il semblait modifier la façon dont leur respiration était régulée pendant la nuit.

Petite précision : ces effets étaient particulièrement marqués chez les mâles.

Résumé par le chercheur : en stressant les animaux, on reproduisait une condition très semblable à ce qu’on observe en clinique.

Chez l’humain : le poids de la solitude

Un rat n’est pas un être humain. Les chercheurs ont donc poursuivi avec une seconde approche.

Ils ont analysé de vastes données génétiques issues de cohortes européennes, comptant jusqu’à plus d’un million de participants.

Un résultat qui surprend

Les personnes qui se sentent seules présentent un risque accru d’apnée du sommeil, et ce, indépendamment des indicateurs d’obésité.

Ce dernier point est essentiel. On associe souvent l’apnée du sommeil au surpoids. Or ici, le lien avec la solitude ne s’explique pas par le poids ou la masse grasse.

Marianne Gagnon, doctorante dans l’équipe, résume l’enjeu : ces résultats invitent à regarder au-delà du poids et à considérer la personne dans son ensemble, y compris ce qu’elle vit au quotidien.

Liens sociauxSentiment de solitude
Chez l’humain, le sentiment de solitude est associé à un risque accru d’apnée, indépendamment de l’obésité.

À retenir

  • Le stress chronique n’est pas seulement une conséquence des mauvaises nuits.
  • Il pourrait aussi contribuer à les provoquer.
  • La solitude ressentie est un facteur de risque, même quand le poids n’entre pas en jeu.
  • C’est un facteur sur lequel on peut agir.

Briser le cercle vicieux : 3 gestes pour protéger vos nuits

Une précision honnête d’abord : l’étude ne teste pas ces techniques. Elle établit que le stress chronique est un facteur de risque modifiable. Les conseils ci-dessous relèvent du bien-être général et de la gestion du stress. Ils ne remplacent ni un diagnostic ni un traitement.

1. Pratiquez la cohérence cardiaque

C’est un exercice de respiration guidée, simple et gratuit. Le protocole le plus courant, dit « 3-6-5 », consiste à :

  • respirer environ 6 fois par minute (5 secondes d’inspiration, 5 secondes d’expiration) ;
  • le faire pendant 5 minutes ;
  • répéter 3 fois par jour, dont une fois avant le coucher.

L’idée : apaiser votre système nerveux et créer un sas entre la journée et la nuit.

Inspirez · 5 sExpirez · 5 s
Le rythme de la cohérence cardiaque : environ 6 respirations par minute.

2. Installez une routine de déconnexion

Le stress s’invite souvent dans la chambre, sous forme de mails, d’actualités ou de notifications. Essayez de :

  • couper les écrans 30 à 60 minutes avant de dormir ;
  • noter sur papier ce qui vous préoccupe, pour « vider » votre tête ;
  • remplacer le fil d’actualité par une lecture, de la musique douce ou un étirement.

3. Adoptez un rituel anti-solitude

La solitude est au cœur de l’étude. Pensez à des liens réguliers, même modestes :

  • appeler un proche une fois par semaine ;
  • rejoindre un club, une association ou un groupe d’activité près de chez vous ;
  • partager un café, une marche ou un repas plutôt que rester seul.

Pas besoin d’un grand réseau. Quelques liens de qualité suffisent à alléger la charge du quotidien.

Et si vous soupçonnez une apnée ?

Ronflements marqués, pauses respiratoires observées par votre entourage, fatigue persistante malgré une nuit complète : parlez-en à votre médecin.

Vous pouvez également prendre rendez-vous avec Sleepizzzy et réaliser notre Test Sommeil. Il permet d’évaluer votre risque d’apnée ou d’un autre trouble du sommeil, puis de vous orienter vers un médecin et un examen diagnostique si nécessaire.

Conclusion : prendre soin de votre esprit pour mieux respirer la nuit

Pendant longtemps, on a cru que le stress était le simple reflet d’un mauvais sommeil. Cette étude suggère qu’il peut aussi être l’un des déclencheurs de l’apnée. Le professeur Kinkead parle d’une découverte qui pourrait ouvrir la voie à un changement de paradigme dans la prise en charge de la maladie.

Le message est encourageant. Le stress et l’isolement ne sont pas une fatalité. Ce sont des leviers sur lesquels vous pouvez agir.

Prendre soin de votre santé mentale, c’est aussi prendre soin de votre respiration nocturne.

Sources : communiqué de l’Université Laval (nouvelles.ulaval.ca) et Le Droit. Étude publiée dans PNAS.

Relu par

Dr Guillaume Marchand

Dr Guillaume Marchand

Spécialiste du sommeil

Spécialité : Psychiatre


Formation : DIU du sommeil et de ses pathologies et DU D’Expertise légale

Le Dr Marchand est Médecin spécialiste du sommeil et des troubles de la vigilance

Ancien chef de service et ancien chef de clinique de l’AP-HP

Médecin, enseignant et coordinateur de recherches cliniques, mes activités se répartissent entre le 11ème arrondissement et l’Hôtel Dieu de Paris.

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